De la noblesse de la politique : petit exemple...
Par Valérie Labarre
Si faire de la politique, c'est s'occuper des affaires de la cité, j'ai passé la matinée avec des gens qui font de la politique...Les « enseignants » de l'Ecole de la 2ème Chance (E2C) de Chaumont accompagnent, restaurent, prennent en charge des jeunes de 16 à 26 ans, sortis du système scolaire en pleine errance, et leur offrent une deuxième chance, l'Ecole de la 2ème chance!
Il se passe bien 20 minutes avant que la séance ne soit ouverte, et pourtant chacun de nous était à l'heure. 20 minutes d'échanges, de sourires, de partages d'informations...des fiches d'évaluation de chaque jeune qui circulent autour du café. Je suis émerveillée par les regards interrogateurs des adultes, curieux, ouverts et sans dogme.Ici chaque intervenant sait qu'il a une relation singulière avec chaque jeune, que tel collègue, tel ami en aura une autre qui peut être bien différente.
Abbess, le directeur, présente le chantier de l'école, et donne très vite la parole au chef des travaux. Tous les après-midis les jeunes investissent un local vide et sans vie et en font leur future école. Maquette, plan, plaquo-plâtre, menuiserie, peinture...tout est à faire. Tout s'apprend en faisant.
Et comme le plus important et le plus urgent est d'avoir une cafétériat, c'est par celle-ci qu'ils ont commencé. J'écoute, je regarde et je suis toute contente de représenter le conseil régional...oui l'argent du contribuable est on ne peut mieux dépensé! La joie (non, le bonheur) du « prof » est contagieuse : il nous raconte que la dernière fois qu'il a dû s'absenter pour aller chercher du matériel au CFA (Centre de formation des apprentis), les jeunes ont oublié de prendre leur pause...
Alors paresseux ces jeunes? Effrayants? Débiles? 88% d'entre eux ne maîtrisent pas les 4 opérations simples...chaque matin ils ont un cours théorique et apprennent, comme par magie, à faire des mesures de surface, des fractions et finissent par maîtriser la proportionnalité et prennent en charge eux-même le budget du chantier.
Je jette un oeil sur le dossier sur ma table: 30% d'entre-eux ont d'immenses difficultés avec leur langue maternelle, le français, leur vocabulaire est si pauvre qu'ils sont loin de la lecture...j'ai du mal, une fois de plus, à ne pas me laisser envahir par la colère. Je suis scandalisée par la violence qui a été faite à ces jeunes, ces anciens enfants, pendant au moins dix ans dans notre école. Qu'ont-ils appris toutes ces années passées les fesses vissées sur une chaise? Comment ont-ils pu encaisser les multiples chocs des échecs à répétition? Comment ont-ils pu garder le minimum d'estime d'eux-mêmes pour ne pas tomber malade? Pour ne pas « avoir la haine »?
Mais y échappent-ils vraiment? A l'école de la deuxième chance, les profs ne sont pas enfermés par l'objectif fixé par un ancien ministre (bien intentionné mais bien seul) de 80% d'une classe d'âge au bac. Ici aucune fin ne justifie les moyens. Si ces éducateurs me semblent heureux et fiers de leur travail, le déni de la réalité n'a pas sa place.
C'est l'heure de l'exposé de Jérémy, le psychologue. On prend le temps de l'écouter longuement. Il est pourtant question de mal-être: dépression, phobie sociale, agoraphobie...C'est passionnant et complexe. Je suis présidente de la commission Formation Professionnelle et Insertion...J'aimerais que mes collègues des différents groupes politiques entendent aussi ce qu'il dit ce matin. C'est pourquoi j'invite Jérémy au conseil régional, avec l'approbation sonore du représentant du CESER (Conseil Economique, Social et Environnemental Régional)...Etre élue c'est pour moi, de plus en plus, avoir la chance de pouvoir donner la parole aux experts, et aux personnes engagées dans des assossiations. Faire en sorte que les regards changent un peu, que les gens des services de la région mettent en pratique une politique sensiblement différente.
Avant de partir je m'exprime sur le fait que je trouve dommage que les enseignants de la première chance ne rencontrent jamais ceux de la deuxième...au Conseil Régional aussi l'enseignement initial et la formation tout au long de la vie appartiennent à deux commissions différentes. Maintenant que nous commençons, dans ma commission, à avoir une petite culture commune, à savoir réfléchir ensemble (qu'on soit de droite ou de gauche) en toute convivialité, il est temps que les commissions différentes se rencontrent plus, se relient et se mélangent un peu.
Il s'agit là de rien de moins que de la place des jeunes dans notre société.
Comme à rebonds, le directeur de l'E2C, me demande si je peux l'accueillir avec un groupe de jeunes au Conseil Régional. A nous de leur montrer qu'être élu c'est du travail, qu'au niveau du CR nous nous devons d'être pragmatiques et nous attacher au bien commun. Que oui, voter ça sert à quelque chose, que non, la politique c'est pas forcément « dégueulasse ».