Agriculture : un modèle alternatif est-il en passe de se faire entendre ?

Publié le par Groupe des élus EE au Conseil régional

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Par Patricia ANDRIOT

Ce vendredi 11 février, dernier,  se déroulait à Rennes la première  journée de présentation-discussion sur les questions agricoles organisées, première étape d'un cycle de formation à destination des élus régionaux écologistes .

A travers différentes présentations et témoignages, il s’agissait de discuter de la question de l’évolution du  modèle agricole, notamment en prenant appui  sur les leviers européens et régionaux dont dispose notre mouvement  au travers de ces élus à ces niveaux. 

La période est en effet particulièrement propice à ce questionnement, car nous vivons un  moment de bascule possible du modèle agricole  ; outre le fait que le modèle productiviste dominant  fait sentir des signes d’essoufflement sérieux tant sur le plan de sa pérennité économique, que sur le plan de ses impacts sociaux et environnementaux, la réflexion des réseaux alternatifs, semble faire  preuve d’une certaine maturité pour faire des propositions concrètes.  A  ce diagnostic ,  s’ajoute la conjonction d’un calendrier européen qui programme  l’évolution de la PAC (et ce, avec un commissaire européen qui semble porteur d’une nouvelle approche) et de politiques régionales qui  sont en pleine construction  à travers  la mise en place de nouveaux outils pour tenter de re-territorialiser l’agriculture.

Le modèle productiviste dominant ne cesse de montrer ses limites : des prix non rémunérateurs pour les producteurs tout en connaissant des hausses qui pèsent significativement sur un  pouvoir d’achat des consommateurs de plus en plus restreint, une  concentration des producteurs qui génère une aggravation du chômage,  une  désertification des campagnes en même temps qu’il  repose sur une industrialisation croissante très consommatrice en énergie,  néfaste pour l’environnement, et non garante d’une qualité gustative des produits. En d’autres termes, nous sommes dans un système où  produire plus est contre-productif et c’est la réduction de la production qui permettra de mieux contribuer à l’intérêt général . Actuellement et en toute complicité avec la profession agricole dominante, l’argent public ne contribue plus à corriger la dérégulation que les marchés ne cessent de générer, au contraire, les crédits publics l’amplifient, sont destinés à accroître la capitalisation abusive d’un secteur,  sont accaparés par les acteurs qui ne sont ni les plus créateurs de valeur ajoutée, ni le plus garant de l’intérêt général.

Face à cette situation, la politique agricole et les crédits publics doivent impérativement être redistribués pour encourager un modèle agricole qui maintient de l’emploi, qui permet de respecter les équilibres environnementaux dans  la mobilisation des ressources naturelles, qui créé du bien être local et qui contribue à des productions de qualité. 

Défendre une approche globale de l’agriculture, en reliant et en mobilisant les deux pilliers de la PAC, refuser les ersatz technologiques que peuvent être les OGM, les biotechnologies, qui ne sont que des fausses solutions dans un système ou le problème est avant tout politique et économique, se donner les moyens de prendre en compte l’enjeu de formation et de vulgarisation pour encourager d’autres pratiques comme le retour aux systèmes herbagers, aux circuits courts, utiliser à plein  les outils qui permettent de maitriser le foncier, dénoncer, rendre visible la violence de la destruction, de la machine à broyer des hommes que génère le modèle productiviste, conditionner strictement  la distribution d’argent public à la mise en place effective d’autres pratiques,…sont autant de leviers possibles pour faire bouger une agriculture finalement plus destructrice que productiviste.

On voit bien que les dénominateurs communs de tous ces vecteurs d’action doivent s’articuler autour de deux principes que sont l’approche territorialisée des politiques agricoles, et la transversalité des différentes politiques.

Alors que l’Europe est en mesure de créer un cadre propice à l’exercice de ces principes, y compris en régionalisant la PAC pour qu’elle s’adaptent au mieux aux problématiques territoriales, les régions ont des outils pour assurer une transversalité : politique de formation, politique au sein des lycées, leviers économiques, préoccupation environnementale : les opportunités existent : de l’éco-conditionnalité aux soutiens des réseaux alternatifs contre les acteurs en place…

Toutefois tous l’enjeu est de s’emparer de ces leviers pour impacter le modèle dominant, et pas simplement pour encourager un modèle alternatif à côté qui ne serait que la caution du premier.

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