Assises régionales de la Biodiversité : le discours de Raymond Joannesse

Publié le par Groupe des élus EE au Conseil régional

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Je voudrais remercier le Président du Conseil Régional, Jean Paul Bachy, d’avoir accédé, avec enthousiasme, à la demande des élus écologistes d’organiser, en Champagne-Ardenne, les premières assises régionales de la biodiversité.

 

Je veux aussi vous remercier, responsables associatifs ou élus locaux, chercheurs, militants écologistes, les forces économiques aussi bien industrielles qu’agricoles d’avoir répondu présents à cette rencontre inédite.

 

Dans son acception étymologique, l’écologie est « l’économie de la maison ».

 

Et dans quel état est notre maison ? « Elle brûle », lançait Jacques Chirac, à Johannesburg… Et bien l’incendie s’aggrave, et les spécialistes de la biodiversité nous disaient, à Nagoya : « Elle s’effondre ».

 

Le rythme de disparition des espèces est le même que celui qui était observé lors de la dernière extinction. Pensons-y. Ce n’est pas seulement l’économie qui sera touchée, c’est aussi notre survie. Et il est probable que ce soit la première crise écologique que nous connaîtrons, avant même celle du climat.

 

Nous nous retrouvons donc, aujourd’hui, un mois après la signature du protocole de Nagoya, moment historique comme nous n’en avions pas eu depuis celui de Kyôto. Protocole historique aussi en ce qu'il fait le lien entre la protection de la biodiversité et la capacité de tous à se développer.

 

Nous partageons tous la même conviction : la biodiversité est un enjeu majeur du XXIème siècle. Pour remédier à la dangereuse tendance d’extinction des espèces (1 amphibien sur 3, 1 oiseau sur 8 et 1 mammifère sur 5), nous devons nous engager, toutes et tous, à préserver les ressources en faune et en flore de la planète.

 

La biodiversité, c’est un triple enjeu :

 

Un enjeu environnemental évidemment.

 

Un enjeu social car son effondrement affecte d'abord les pays et les peuples les plus pauvres.

 

Un enjeu économique enfin. Alors que tout le monde parle de croissance, pourquoi les travaux de Pavan SUKDEV, économiste indien qui a fourni récemment une étude mondiale sur "l'économie des systèmes écologiques et de la biodiversité" restent cantonnés aux cercles restreints des experts ? 

Après le rapport de Nicholas Stern en 2006, sur le coût du changement climatique, Pavan Sukhdev a été chargé d'éclairer la communauté internationale sur l'autre visage de la crise écologique.

Les conclusions de cette étude sont pourtant éclairantes :  dépenser des milliards pour protéger la diversité de la vie animale et végétale permettra un retour sur investissement cent fois supérieur sur le long terme.

 

Selon l’étude, si l’on investissait quelque 45 milliards de dollars par an dans le développement des zones protégées sur terre et en mer, cela permettrait d'assurer des bénéfices de l'ordre de 4 à 5.000 milliards de dollars par an après seulement quelques dizaines d'années.

 Exemple : Les 12.000 hectares de mangroves plantés l’an dernier dans le sud du Vietnam ont coûté à peu près 1 million de dollars mais devraient permettre d'éviter plus de 7 millions de dollars de dépenses annuelles d’entretien des digues. Cet exemple des mangroves au Vietnam pourrait et devrait être multiplié à travers le monde

Ce qui se joue est catastrophique. Notre alimentation en dépend : plus de 70% de nos cultures dépendent de la pollinisation naturelle. Notre santé en dépend : 50% de nos médicaments contiennent des éléments issus des plantes. Ainsi, les répercussions économiques d'un tel déclin de la biodiversité sont potentiellement immenses : 7% du PIB mondial à l'horizon 2050.

 

Mais que se passe-t-il ? Tout le monde parle d'urgence mais personne n'y répond, au sommet de l‘Etat tout particulièrement.

 

Pourquoi ? Peut-être que nous ne nous parlons qu'à nous même, qu'à notre cercle restreint de convaincus, de passionnés. Et plutôt que de se critiquer les uns les autres, faisons notre introspection, travaillons ensemble. Evitons surtout la politique avec un petit « p » pour la biodiversité.

 

On parle là de nos enfants, du fondement de la vie. On parle de ce qui nous unit. La biodiversité est une part essentielle d'humanité. Certains pourraient penser que des assises de la biodiversité, c'est beaucoup de communication. On a préparé cette année avec un petit groupe et justement nous avons convenu que le gros enjeu était celui de la sensibilisation.

 

Le fond de l'action, c'est l‘élaboration d‘une charte régionale de la biodiversité. Et nous n’avons pas le droit à l’échec. D’autant moins que nationalement, le Grenelle, clairement, malgré des objectifs ambitieux, malgré l'opposabilité de la Trame Verte et Bleue, n‘est pas allé assez loin.

 

Ces assises sont une réponse à l’échelle de notre territoire régionale, et c’est pour moi un échelon très pertinent. Il faut en faire un pas en avant et il faut les faire fructifier. Vite.

 

Que nous manque-t-il ? Il nous manque une vraie stratégie régionale de la biodiversité, une agence de la nature, une coordination de l’ensemble des acteurs.

 

Je crois qu’il faudra bientôt créer un opérateur qui garantira une meilleure visibilité à l'action la Région en matière de biodiversité, mais qui soit également une instance de facilitation du croisement des expériences et des idées. Et pourquoi ne pas lui confier également l’élaboration de la trame verte et bleue ?

 

Les schémas régionaux de cohérence écologique sont en cours d'élaboration, sous réserve que l’Etat mette en oeuvre les crédits nécessaires pour appuyer l'élaboration desdits schémas.

 

Au niveau régional la biodiversité ne doit pas faire  partie des budgets  qui baissent. Certes, j’aimerais qu'il augmente... Mais nous sommes préservés. L'action est possible, et un peu plus de 3 millions d’euros seront dédiés, dès cette année à la biodiversité dans le cadre de la démarche de Charte régionale. Bien entendu, la biodiversité ne se résume pas à des chiffres. Le défi aujourd'hui est d'ouvrir les yeux de ceux qui dorment dans leurs certitudes.

 

C'est aussi et surtout notre mission, votre mission.

 

Quels sont les gros enjeux de demain ?

 

- évidemment, le plan écophyto et le développement de l'agriculture biologique.

 

- évidemment la recherche, y compris par le développement des sciences participatives.

 

Le véritable enjeu est de se faire comprendre pour aller plus loin que les réponses techniques. Tout reste à faire pour aboutir à une transformation écologique de notre société et de notre économie, construire un modèle de développement positif, soutenable que nous pourrons léguer à nos enfants. Et là, il faut construire ensemble, se serrer les coudes, aller voir les associatifs, les banquiers, les industriels, les élus, les agriculteurs, les citoyens, les parcs naturels régionaux, etc.

 

Personne ne doit tomber dans la posture. Le temps est à la construction.

 

Le bilan de l’action régionale en matière de biodiversité  montre que beaucoup a été fait. Mais bien plus encore reste à faire : Il est maintenant venu le temps de l'action, sur le terrain, de passer de l’ère de la destruction à celle de l’homme.

 

Je vous remercie et je vous souhaite une bonne journée de débats.

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Publié dans Sur le terrain

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