Soirée-débat du comité local Sud Haute-Marne : pas de labour des sols mais un labour des consciences en profondeur pour favoriser la biodiversité
Lydia Bourguignon, maitre ès sciences agroalimentaire et Claude Bourguignon, ingénieur agronome (INAPG) et docteur ès sciences microbiologie, ont quitté l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) suite à un désaccord avec les orientations et les thèmes de recherches de cet institut.
Après leur départ, Lydia et Claude ont créé en 1990 leur propre laboratoire de recherche et d’analyses en microbiologie des sols (LAMS). Dans ce laboratoire, ils mesurent l’activité biologique des sols agricoles et constatent que celle-ci ne cesse de baisser à travers le monde ; en Europe, 90 % de leur activité biologique a été détruite.
Lydia et Claude Bourguignon avaient répondu, à Langres, à l'invitation du comité local Europe Ecologie Sud Haute-Marne, où ils ont dressé devant une salle de plus de 100 personnes, un constat à la fois alarmant , illustré et expliqué de l’état de dégradation des sols et de son impact sur la biodiversité, sur les paysages, mais aussi sur la santé animale et humaine…
Ils ont surtout mis en évidence de manière flagrante la rapidité et l’importance de cette dégradation, trop souvent perçue comme un phénomène de longue haleine, laissant penser que nous avons le temps avant la remise en cause.
Illustré par des chiffres et par des photos, qui rappellent qu’en 6000 ans, la création de l’agriculture a généré 2 milliards d’hectares de désert mais qu’au cours des seules 100 dernières années, c’est un milliard ha qui se sont désertifiés, ou encore que la multiplication par 3 des rendements a nécessité une multiplication par 10 de la consommation d’engrais….. voilà des données qui remettent en cause une perception erronée de dégradation lente et sans conséquence...
Si les interventions proposaient un état des lieux fondé sur des descriptions biologiques et agronomiques, elles ont néanmoins bien mis en évidence l’interpénétration des problématiques écologiques, sociales, économiques.
Interpénétration dans les conséquences : en effet, si la dégradation des sols provoque une destruction de la biodiversité, cela provoque aussi déforestation, pour maintenir une production agricole, une raréfaction de la ressource en eau, un déménagement des populations, un impact sur la santé…
Interpénétration dès les causes aussi : cette évolution des sols s’explique par le choix des techniques de production agricole, choix eux-mêmes guidés par les modèles économiques, par les prix mais aussi par les politiques publiques mises en place.
Malgré un constat intransigeant, il n’est pas pour autant fataliste puisque les illustrations techniques et photographiques démontrent avec tout autant de conviction une régénération encore possible des sols.
Le débat très riche, s'est concentré sur les perspectives de changement.
Il a permis de mettre en évidence un constat partagé selon lequel la régénération des sols reste conditionnée à une évolution radicale du modèle économique et politique qui guide les pratiques agricoles, mais aussi par des changements culturels de ce qu'est la pratique agronomique et le respect des équilibres des écosystèmes. Evolutions culturelles, économiques, qui ne se feront pas sans une volonté commune du citoyen et du politique de dépasser le stade du discours pour passer à l'action.
A cet égard l’autre intérêt de cet exposé était de démontrer concrètement l’importance de la technique, de la maîtrise du savoir agronomique pour la mise en place de politique ajustée, pragmatique , gage d’une efficacité.
L’enjeu de la volonté politique reste essentiel dans un cadre qui nécessite d’oser un modèle différent, de bousculer les représentations, là où l'argument classique mais tellement conservateur du "cela ne marche pas et cela n'est pas possible " est tellement plus simple.
